Une saison réussie malgré les défis techniques et financiers, le président de Trivapor revient sur l’année 2025
La saison de navigation 2025 s’est achevée fin septembre pour le vapeur Neuchâtel. Malgré une mise en service légèrement retardée à la mi-juin, le bateau aura navigué plus de jours qu’en 2024.
Le vapeur a navigué 80 jours en 2025 contre 68 l’année précédente. Derrière la réussite de la saison du Neuchâtel se trouve l’association Trivapor, propriétaire du navire et responsable de son entretien. Entre la hausse des coûts de maintenance et le comportement parfois mystérieux de la machine à vapeur, son président François Kistler dresse le bilan de la saison écoulée.
Quel regard portez-vous sur la saison 2025, qui, malgré un démarrage légèrement retardé en juin, s’est révélée plus favorable que celle de 2024, année durant laquelle le vapeur avait totalisé 68 jours de navigation ?
François Kistler : La décision de retarder la mise en service a fait l’objets de quelques discussions notamment en relation avec le fait que la saison précédente avait déjà été confrontée avec cette situation. La raison cette fois-ci résidait dans des délais de livraison et de disponibilité de main d’œuvre. Il aurait fallu renoncer à certaines prestations d’entretien planifiées ceci dans une situation marquée par un besoin de rattrapage.
Les améliorations et consolidations entreprises et menées à terme grâce au temps ainsi mis à disposition se sont toutes avérées positives et ont permis un fonctionnement amélioré de la propulsion avec semble t-il même un petit plus en ce qui concerne le rendement. La saison a ainsi pu se dérouler sereinement avec une pleine confiance en la fiabilité de la machine. La décision de retarder l’entrée en exploitation était juste !
Nous nous sommes trouvés dans la terrible situation qu’après avoir contrôlé et parfois réparé tous les composants le choc subsistait
François Kistler
L’an dernier, le Neuchâtel avait été contraint de rester à quai une bonne partie de la saison 2024. En cause : un choc ressenti à chaque tour de vilebrequin. Un phénomène qui avait été résolu grâce à un ajustement de quelques millimètres sur la machine à vapeur sans toutefois en comprendre pleinement la source. De nouvelles analyses étaient prévues cette année pour élucider l’origine de ce choc. Le mystère est-il enfin résolu ?
Effectivement ce choc à chaque tour de vilebrequin nous a causé beaucoup de soucis et pris beaucoup de temps. En effet l’approche systématique nécessaire impliquait de contrôler un à un chaque composant potentiellement impliqué dans le problème avec parfois des besoins d’usinage à faire réaliser par des sous-traitants. Nous nous sommes trouvés dans la terrible situation qu’après avoir contrôlé et parfois réparé tous les composants le choc subsistait.
C’est alors que le chef de chantier est venu avec la proposition d’avoir recours à une technique utilisée par l’école d’ingénieurs d’Yverdon. Succinctement, celle-ci a consisté à filmer à très haute résolution la machine en fonctionnement puis, avec un logiciel, à amplifier les déformations jusqu’à rendre visible à l’œil des déformations de quelques petits millimètres. L’observation ainsi rendue possible a permis de révéler des tensions sur la base desquelles a pu être effectué la réparation consistant à rallonger la bielle d’environ 1,5 mm.
A ce jour l’analyse prévue pour élucider l’origine du choc n’a pas été menée pour la raison simple d’avoir priorisé le rattrapage de l’entretien et les travaux d’amélioration. Le processus est toutefois défini et les dispositifs nécessaires à sa mise en œuvre existants.

Le Neuchâtel au départ de Morat
Quels sont les travaux d’entretiens prévus pour cet hiver sur le Neuchâtel ?
Les travaux consistent à poursuivre le rattrapage des besoins en entretien et en améliorations identifiés. Ceci se poursuivra l’année prochaine en cohérence avec la volonté de mettre en place une planification technique et financière à moyen terme.
La dixième année et la mise hors eau du bateau a fait exploser les coûts, la routine et les certitudes des années précédentes.
François Kistler
Des travaux d’entretiens nécessaires pour le maintien en service du vapeur comme en témoignent les divers chantiers d’envergure menés chaque hiver. Ces interventions représentent un investissement conséquent, entièrement pris en charge par Trivapor. Les dons et soutiens financiers restent donc indispensables à la poursuite de cette mission ?
Lors des 9 premières années de navigation, la charge d’entretien s’est élevée à environ CHF 70’000.- par année. La dixième année et la mise hors eau du bateau a fait exploser les coûts, la routine et les certitudes des années précédentes. L’hiver passé et celui à venir ont malheureusement confirmé cet état de fait. Le budget de l’hivernage en cours est estimé à CHF 110’000 .-
Du côté des produits nous pouvons compter sur environ 1500 cotisations et dons complémentaires de fidèles membres, chiffre en diminution toutefois en regard de leur âge moyen fort élevé. A ceci s’ajoutent des dons ponctuels dans le contexte de legs par exemple. Nous allons entamer une réflexion quant à de possibles acquisitions de fonds.

Le Neuchâtel dans le port de Morat
Quels sont, selon vous, les principaux défis qui attendent l’association Trivapor et plus largement le Neuchâtel, dans les années à venir ?
Pour Trivapor, le premier défi est la conséquence logique des explications développées ci-dessus, soit d’ordre financier.
A celui-ci s’ajoute le sujet non abordé précédemment du recours à des ressources humaines rares. L’exploitation d’un bateau à vapeur exige en effet des compétences spécifiques de la part des capitaines mais surtout des deux machinistes présents en soute.
Finalement, l’association de bénévoles Trivapor est dépendante d’une structure, ici la LNM, disposant de la structure et des ressources nécessaires pour exploiter le bateau