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  • L'ACTU DES VAPEURS

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« UNE SAISON ÉTONNANTE »: LE DIRECTEUR DE LA CGN REVIENT SUR L’ANNÉE 2025 ET ÉVOQUE LES PERSPECTIVES POUR 2026

Jamais la fragilité de la flotte Belle Époque sur le Léman n’a été aussi visible que durant la saison 2025.

Parade Navale CGN depuis La Suisse le 14 mai 2023 © Bateaux vapeur suisse

Arrivé à la tête de la CGN au mois de mai, Vincent Pellissier a immédiatement été confronté à une année inédite pour la compagnie avec quatre vapeurs simultanément immobilisés, dont La Suisse. Entre le 4 juin et le 21 août, aucun bateau à vapeur n’a navigué sur le Léman. À l’heure de tirer le bilan, le directeur évoque les enseignements de cette année hors norme, les grands chantiers techniques à venir et les choix opérés pour l’horaire 2026.

Vous avez pris la direction de la CGN en mai dernier, juste avant le début de la haute saison. Une saison qui s’annonçait déjà délicate avec l’absence du Montreux, du Rhône et du Savoie, avant même que La Suisse ne soit finalement aussi immobilisé. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette saison 2025 ?

Vincent Pellissier : Une saison étonnante. Si nous avons effectivement eu de nombreuses immobilisations de nos bateaux Belle Époque, ce qui nous a obligés à réduire l’offre touristique, la baisse de la fréquentation a été moins marquée. On constate donc que le produit est attractif et que les amoureux du lac sont toujours au rendez-vous. Nous avons aussi prolongé la saison sur le mois de septembre. Vu le succès rencontré, nous allons naviguer avec une offre de haute saison également sur le mois de septembre 2026. C’est un mois qui connaît des jours encore doux se prêtant très bien à la navigation.

On a eu tendance à croire que ces bateaux étaient immortels

Vincent Pellissier

L’immobilisation des bateaux à vapeur cette année a été causée par des incidents imprévus découverts lors d’inspections. Le public s’est parfois interrogé sur la capacité d’anticipation de ces problèmes. Comment expliquer ces situations et comment la CGN compte-t-elle mieux les prévenir à l’avenir ?

C’est vrai que nous avons fait évoluer notre manière d’aborder la maintenance, passant d’une approche curative, à savoir que nous réagissions en cas de survenance d’une avarie, à une maintenance plus préventive, permettant de prévenir les choses. Ces changements prennent du temps à se concrétiser dans la disponibilité d’une flotte qui, malgré tout, prend de l’âge. On a eu tendance à croire que ces bateaux étaient immortels. Pour qu’ils puissent encore naviguer pendant des décennies, nous sommes à l’aube de travaux très importants sur les éléments structuraux importants.

Le Rhône arrive à Yvoire

Les inspections ont révélé, entre autres, une ovalisation des cylindres sur le Rhône et des problèmes sur la coque du Savoie. Ces phénomènes sont-ils susceptibles de toucher d’autres unités de la flotte Belle Époque ?

Tout d’abord, il faut remarquer qu’un alésage de ces cylindres n’a jamais été réalisé durant un siècle. C’est extraordinaire de longévité et cela démontre le talent des constructeurs de l’époque. Nous avons donc dû apprendre à exécuter ces travaux, nécessitant un savoir-faire rare et des machines à inventer. Évidemment, nous serons désormais attentifs sur ce point lors des prochains travaux de maintenance sur les autres bateaux. Nous apprenons chaque jour un peu plus.

Nous avons tiré sur la corde. Par là, je veux dire que nous avons, comparativement à d’autres lacs, très fortement utilisé notre flotte

Vincent Pellissier

Vous avez évoqué cet été un important retard d’entretien accumulé au fil des années. Est-ce que ce rattrapage nécessitera de nouvelles immobilisations en 2026 ?

L’année 2025 a vu la conjonction de plusieurs facteurs. Comme évoqué, les bateaux prennent de l’âge et ont tous dépassé leur durée de vie de dimensionnement. Il y a aussi eu, au cours de l’histoire de la compagnie, des périodes qui n’ont pas permis un entretien adéquat. L’évolution des exigences légales et normatives pour naviguer avec des passagers a aussi fortement augmenté les contraintes d’exploitation. Enfin, nous avons tiré sur la corde. Par là, je veux dire que nous avons, comparativement à d’autres lacs, très fortement utilisé notre flotte. En nombre de kilomètres mais aussi en termes de sollicitations techniques, que ce soit par exemple pour la vitesse ou pendant la saison froide. Il est dès lors assez logique que, soumis à ce cocktail, notre flotte ait souffert.

La Suisse approche la gare lacustre d’Ouchy

Avec la mise à l’arrêt de La Suisse au début du mois de juin, ce sont désormais les trois grands navires Belle Époque de la CGN qui sont dans l’incertitude de leur avenir. Qu’en est-il de la situation du navire amiral, tout d’abord ?

Nous aurons les résultats des tests sur La Suisse d’ici à la fin de l’année. Nous serons alors capables de dire quels travaux devront être entrepris et quand notre vaisseau amiral pourra à nouveau naviguer.

L’autre grand vapeur emblématique, c’est le Simplon. Où en est le projet de rénovation complète du bateau à la suite de l’incident de mars 2024 ?

Il faut savoir qu’une grande rénovation de ce bateau était nécessaire, indépendamment de l’incident de 2024. Cet événement, dont les dégâts, soit dit en passant, seront pris principalement en charge par nos assurances, a nécessité une inversion des priorités entre le Simplon et l’Helvétie. L’étude d’avant-projet a débuté, un chef de projet a été engagé et la première campagne de recherche de fonds va pouvoir débuter. Je m’en réjouis.

L’helvétie désarmé depuis 2002

Enfin, l’Helvétie, désarmé depuis 2002, est toujours en attente. Est-il toujours prévu de réhabiliter le navire à moyen terme ?

Ah l’Helvétie, selon moi le plus beau bateau du monde. Il aura 100 ans l’année prochaine. Ce sera donc une année particulière. Attendons l’année du centenaire pour en parler, si vous voulez bien.

Il y aura quatre bateaux Belle Époque qui navigueront durant l’année prochaine… avec encore ouverte la question du retour de La Suisse

Vincent Pellissier

Quels sont les changements et nouveautés pour l’horaire 2026 de la CGN ? Est-ce que les affectations des bateaux Belle Époque ont déjà été décidées ?

Nous avons donné de l’air dans les horaires. Cette détente va permettre de naviguer un peu moins vite (une baisse de 2 km/h permet une économie de 15 à 20 % de carburant, et donc d’émissions de gaz à effet de serre), de donner du rythme en desservant de nombreux débarcadères mais aussi de mieux répondre aux évolutions des attentes de la clientèle. Nous allons aussi faire un effort particulier sur la fiabilité des horaires réalisés avec nos bateaux Belle Époque. Il y aura donc trois bateaux à vapeur à l’horaire, plus un bateau diesel-électrique en substitution. Cela nous évitera de devoir annuler de très nombreuses courses comme cela a pu être le cas par le passé. Donc, vous l’avez compris, il y aura quatre bateaux Belle Époque qui navigueront durant l’année prochaine… avec encore ouverte la question du retour de La Suisse.

La parade navale de la CGN en 2023

Enfin, les passionnés de bateaux à vapeur espèrent retrouver la traditionnelle parade navale de la CGN l’année prochaine. Verra-t-on à nouveau les six unités Belle Époque naviguer ensemble en 2026 ?

Nous travaillons effectivement pour voir si l’organisation d’une parade navale est possible en 2026. Pour ce qui concerne le nombre de bateaux, nous allons enchaîner le remplacement des roues à aubes : le Vevey, puis l’Italie vont donc se suivre pour ces travaux. Il y aura donc quatre bateaux Belle Époque, dont trois à vapeur, sur le Léman au printemps 2026.

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