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  • LE MAJOR DAVEL

Description de l'image
Les vapeurs disparus

Major Davel : Le dernier vapeur demi-salon en service sur le lac Léman

Bateau à vapeur de la CGN, le "Major Davel" dans la rade de Genève en 1967. 
Source Wikipedia - Stéphane Golay Don personnel sous licence 
Creative Commons CC0 1.0 Universal Public Domain Dedication

En 1887, alors que le chemin de fer se développe autour du lac Léman, la CGN cherche à agrandir sa flotte. Le conseil d’administration de la compagnie avalise à cette période la commande d’un bateau à marche rapide pouvant atteindre les 30 km/h. 

 

Le projet reste en suspens jusqu’en 1890. Face à l’urgence d’améliorer l’horaire et les études d’un bateau rapide n’ayant pas abouti, il est finalement décidé de commander un navire de grandeur moyenne semblable à L’Aigle III avec une vitesse légèrement supérieure au bateau Dauphin. Le Major Davel est commandé auprès d’Escher Wyss à Zurich, Sulzer Frères ayant décliné la construction du navire en raison d’une surcharge de son carnet de commandes.

Dans la presse...

"Il est très stable et sa marche tellement douce que l'on n'y sent pas la moindre trépidation. Le mouvement d'avant en arrière que l'on ressent surtout sur le Bonivard et le Winkelried, n'existe absolument pas sur le Major Davel, grâce, sans doute, à sa machine à triple expansion."
L'ami du Peuple Valaisan
8 octobre 1892

Fiche technique

Date de lancement:Août 1892
Mise en service:1er octobre 1892
Constructeur:Escher Wyss & Cie Zürich
Capacité:600 personnes
Statut:Désarmé en 1968, démoli en août 1990
Largeur:11.40 m
Longueur:55.00 m
Propulsion:Vapeur
Puissance:550 cv
Propulsion:Machine à vapeur diagonale
3 cylindres, compound
Vitesse:27.1 km/h

La construction du Major Davel débute en septembre 1891 à Zurich et il est mis à l’eau dans le nouveau chantier naval d’Ouchy en août 1892. La Tribune de Genève du 21 août 1892 souligne que «le Major Davel fait un très joli effet» avec une coque de couleur rouge et noire pareille à celle du Bonivard et un bastingage nuance crème.

 

Le 13 septembre 1892, alors que le bateau fait sa première course d’essai en direction d’Évian avec la Commission vaudoise de navigation à bord, un épais brouillard tombe sur le lac. Lancé à pleine vapeur et sans visibilité, le Major Davel vient s’échouer sur l’enrochement du quai d’Évian. Le choc endommage fortement l’avant du navire mais aucune fuite n’est détectée. Le vapeur rentre à Ouchy par ses propres moyens sous escorte du Bonivard. Huit jour plus tard, une nouvelle course d’essai est effectuée, cette fois-ci avec succès, en direction de Genève.

 

Le Major Davel entre en service régulier le 1er octobre 1892 sur la course Genève-Villeneuve-Bouveret par côté Suisse et retour. Son passage a lieu à Lausanne en direction de Montreux à 10h00 et à 15h00 dans le sens inverse comme le relate le journal L’ami du Peuple du 8 octobre 1892. Ce dernier salue le confort du Major Davel et «sa marche tellement douce que l’on n’y sent pas la moindre trépidation». Avec sa machine à triple expansion, le vapeur atteint les 27 km/h.

 

Le bateau à aubes Major Davel (1889-1968) de la Compagnie générale de navigation sur le lac Léman sur le lac Léman à Genève 
(à l'arrière-plan, l'Hôtel de la Paix et le Quai du Mont-Blanc). Scan d'une plaque de verre, collection particulière.
Source Wikipedia - Photo dans le domaine publique

 

Le dimanche 12 août 1894, l’arbre de la roue côté gauche du Major Davel se rompt. Le bateau reste en panne entre Céligny et Coppet sans autres dommages peut-on lire dans le journal La Suisse Libérale du 14 août 1894.

 

Le 11 juillet 1896, le Major Davel heurte le pont du Mont-Blanc alors qu’il manœuvre pour s’amarrer au ponton du quai du Mont-Blanc. Il semble qu’une chaîne tombée dans l’une des roues ait bloqué la machine laissant le vapeur à la dérive. Les dommages sont superficiels, seuls le canot suspendu à la poupe et la barrière du pont ayant été abîmés.

 

En avril 1897, le Major Davel transporte une illustre passagère comme le relate La Tribune de Genève du 28 avril. Sissi, Impératrice d’Autriche effectue le voyage de Territet à Genève à bord du navire.

 

Le 8 avril 1906, la chaîne de transmission du gouvernail du Major Davel se rompt alors qu’il vient de quitter le Bouveret. Sans gouvernail, le vapeur est forcé de jeter l’ancre près de l’embouchure du Rhône afin d’installer le timon de secours comme le relate la Gazette du Valais dans son édition du 12 avril 1906. La bateau reprend sa course avec environ une heure de retard.

 

En 1910, le Major Davel est temporairement retiré du service pour remplacer ses chaudières par de nouvelles fournies par Sulzer Frères. On en profite pour le moderniser et allonger sa coque de 3,15 mètres.

 

Le 29 septembre 1925, le gouvernail du Major Davel se brise en raison de violentes vagues par temps de bise entre Nyon et Yvoire. Le bateau ne sera secouru que deux heures plus tard par le vapeur Lausanne qui arrivera à remorquer le Major Davel à Prangins. Le journal La Liberté du 30 septembre 1925 décrit la situation du navire durant les deux heures d’attente : «le Major Davel, dansant sur les vagues déchaînées, embarquant d’énormes paquets d’eau, faisant tantôt marche arrière, tantôt marche avant, se dirigeait uniquement à l’aide de ses machines. Dans le salon des premières classes, tables et chaises gisaient pêle-mêle. A la cuisine, bouteilles et vaisselle étaient mises en miettes».

 

Durant l’hiver 1926-1927, il fait l’objet d’un renouvellement complet de ses superstructures. Un fumoir est ajouté sur le pont des premières classes. En décembre 1929 alors que le Major Davel assure le service entre Thonon et Ouchy pendant les jours de marché, il s’échoue entre Thonon et Amphion. Le bateau arrivera finalement à Ouchy avec environ 3 heures de retard après avoir été remorqué par des chalands à moteur selon le journal L’impartial du 2 décembre 1929.

 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le bateau est totalement immobilisé. Il ne reprend le service qu’à l’été 1948 après 9 ans d’immobilité. La CGN connaît à cette époque une belle reprise de la fréquentation avec une année 1947 favorable. Il s’agit de la première année depuis 1931 que la compagnie engrange des recettes aussi élevées. Le Major Davel parcourt 6500 kilomètres durant la belle saison de 1948 en 77 jours d’exploitation. Durant cette période il transporte 24’200 passagers peut-on lire dans Le Nouvelliste du 15 août 1948.

 

De 1955 à 1964, le Major Davel est presque exclusivement utilisé comme bateau de croisière et de cure pour la Société des Eaux d’Évian. En 1964, ses chaudières sont converties à la chauffe au mazout. Il continue de naviguer malgré sa semi-retraite jusqu’à sa dernière course horaire en 1967. La CGN commande une année plus tard un nouveau bateau à moteur destiné à remplacer le Major Davel. Le Chablais entera en service en 1974. En 75 ans, le Major Davel a parcouru plus d’un million et demi de kilomètres.

 

En 1970, le bateau est vendu à la société immobilière de Port-Ripaille pour en faire un restaurant et un clubhouse. Le 30 avril 1970, le Major Davel, repeint dans ses couleurs d’origine, quitte les eaux suisses remorqué par les bateaux à moteur Col-Vert et Bécassine (Voir «Dernier voyage du Major Davel» Octave Heger – 30.04.1970).

 

Malheureusement le projet français n’aboutit pas et le bateau est finalement cédé à la ville de Thonon qui le laisse à l’abandon au fond du port de Rives dès 1975. Sa machine est sauvée en 1974 et transférée au Musée suisse des transports. Le Major Davel est vandalisé et pillé pendant plusieurs années. «Le vénérable bateau, la plus vieille unité survivante de la première génération des vapeurs de la CGN n’en finit plus de pourrir au quai de l’oubli» écrit le 8 janvier 1985 le Journal du Haut-Lac. Ce dernier compare même le Major Davel au dernier grand transatlantique français, le France, brutalement désarmé en 1974 puis renommé Norway, relevant que «la blessure d’amour propre pour les romands doit être comparable».

Le vapeur Major Davel à l'abandon dans le Port de Thonon en 1984. Négatif 24 x 36.
© Claude-André Fradel. Tous droits réservés

Une restauration étant jugée trop coûteuse, il est finalement déclassé par les autorités française avant d’être ramené à Ouchy à l’état d’épave. Une brève ATS dans Le Nouvelliste du 30 août 1990 relate le dernier voyage du Major Davel en direction du Bouveret «pour y être exécuté». Son démantèlement débute le 28 août 1990 au chantier de la Rhôna au Bouveret par la société Thévenaz-Leduc SA après 98 ans d’existence.

 

Le Major Davel en vidéo :

Film «Satanik» de Piero Vivarelli de 1968
https://www.dailymotion.com/video/x8w5j9a dès 01:11:22

Film «Dernier voyage du Major Davel» Octave Heger – 30.04.1970

https://www.dartfish.tv/Player?CR=p33203c27287m4020975

 

Galerie photo du Major Davel sur notreHistoire.ch

https://notrehistoire.ch/galleries/le-major-davel-1

Sources : https://www.e-newspaperarchives.ch/ La tribune de Genève, 21 août 1892 – Le national suisse, 16 septembre 1892 – La Suisse libérale, 29 septembre 1892 – L’ami du peuple, 8 octobre 1892 – La Suisse libérale, 14 août 1894 – La Gruyère, 15 juillet 1896 – La tribune de Genève, 28 avril 1897 – Gazette du Valais, 12 avril 1906 – La liberté, 30 septembre 1925 – L’impartial, 2 décembre 1929 – Journal de Sierre, 30 avril 1948 – Le nouvelliste, 15 août 1948 – L’express, 5 mai 1970 – La liberté, 10 janvier 1974 – Le journal du Haut-Lac, 8 janvier 1985 – Le nouvelliste, 30 août 1990

https://fr.wikipedia.org/wiki/Major_Davel_(bateau_%C3%A0_vapeur

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